Le phénomène du squat en France est un sujet souvent marqué par des fantasmes ou des faits divers spectaculaires. Pourtant, la réalité statistique et le cadre légal — profondément remanié par la loi Kasbarian-Bergé du 27 juillet 2023— dessinent un paysage plus nuancé.
Voici notre analyse détaillée de la situation en 2026.
Les « vrais chiffres » : un phénomène marginal mais localisé
Contrairement à une idée reçue, la France ne compte pas des dizaines de milliers de domiciles squattés simultanément.
- Le volume réel : Les données du Ministère de la Justice et de l’Observatoire des squats indiquent environ 200 à 300 procédures administratives (expulsions rapides) déclenchées chaque année au niveau national. Au niveau judiciaire, on estime à environ 1 200 à 1 500 le nombre de décisions rendues annuellement pour « occupation sans droit ni titre » (incluant les squats purs, hors impayés de loyer).
- Zones géographiques : 80 % des cas sont concentrés dans quatre régions : Île-de-France, Hauts-de-France, PACA et Occitanie.
- Typologie des biens : Contrairement au mythe du retraité expulsé de sa résidence principale pendant ses vacances, la grande majorité des squats concernent des logements vacants, des biens en attente de succession ou des locaux commerciaux désaffectés.

Les problèmes légaux : ce que dit la loi (2023-2026)
La loi a été durcie pour protéger davantage la propriété privée, créant de nouvelles contraintes pour les occupants et des outils pour les propriétaires.
- Élargissement de la notion de « domicile » : Désormais, un logement est protégé qu’il soit meublé ou non, et qu’il s’agisse d’une résidence principale, secondaire ou même d’un logement occasionnel.
- Sanctions pénales accrues : Les peines pour squat ont été triplées. L’introduction ou le maintien dans le domicile d’autrui est puni de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
- Le risque du « propriétaire justicier » : Un point crucial demeure : un propriétaire qui tente d’expulser lui-même des squatteurs (changement de serrure, force physique) commet un délit plus lourdement sanctionné que le squat lui-même (3 ans de prison et 30 000 € d’amende).
Longueur des procédures : le choc des deux voies
Il existe deux manières de récupérer son bien, avec des délais radicalement différents.
La procédure administrative (La « voie rapide »)
C’est l’outil le plus efficace depuis la loi de 2023. Elle ne nécessite pas de juge.
- Dépôt de plainte et constat de l’occupation par un officier de police ou un commissaire de justice.
- Demande au Préfet : Le préfet doit répondre sous 48 heures.
- Mise en demeure : Si le squat est avéré, le préfet met en demeure les squatteurs de partir sous 24h (domicile) ou 7 jours (local d’habitation).
- Évacuation forcée : Si les squatteurs restent, la force publique intervient immédiatement.
Délai total : En théorie, entre 72 heures et 10 jours. En pratique, cela peut prendre 2 à 3 semaines selon la réactivité des services préfectoraux.
La procédure judiciaire (La « voie longue »)
Elle est utilisée quand la voie administrative échoue (cas complexes ou locaux non destinés à l’habitation).
- Assignation par avocat devant le juge des contentieux de la protection.
- Délais d’audience : Souvent plusieurs mois.
- Jugement et Commandement de quitter les lieux (CQTL) : Signifié par commissaire de justice.

Délai total : Avant 2023, cela durait 18 à 24 mois. Avec les nouvelles dispositions, on se situe plutôt entre 6 et 10 mois.
À noter : Les squatteurs ne bénéficient plus de la trêve hivernale. Une fois l’expulsion ordonnée, elle peut être exécutée toute l’année.
Les points de friction persistants
Malgré le durcissement législatif, deux problèmes subsistent :
- L’insolvabilité des squatteurs : Même si le propriétaire gagne, il récupère rarement les indemnités d’occupation ou les frais de remise en état (dégradations).
- La responsabilité civile : Le Conseil Constitutionnel a maintenu que le propriétaire reste responsable de l’entretien du bien pour éviter qu’il ne s’effondre sur les squatteurs, ce qui est souvent vécu comme une double peine.

